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Comment protéger la mer face au défi climatique ? - Terre à Terre - N°4 - Juillet 2026
Les mers et les océans sont au cœur de nos échanges : près de 90 % des marchandises dans le monde y transitent. Cette réalité fait du transport maritime un pilier de l’économie mondiale, mais aussi un acteur clé des transitions à mener.
Innovations, évolution des pratiques, nouvelles régulations : le secteur se transforme, porté par une mobilisation internationale. La France, deuxième espace maritime mondial, y joue un rôle moteur, comme l’ont montré les avancées de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC) à Nice.
Dans ce 4ème numéro de Terre à terre, nous vous proposons de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre : comment se mesure le trafic maritime, quels sont ses impacts réels sur le climat et la biodiversité, et les autres solutions concrètes qui émergent, de la plage à la haute mer.
Labels, chartes, certifications et dispositifs contribuant à la qualité environnementale des plages, des ports et des littoraux, à la préservation de la biodiversité et à la transition écologique du secteur maritime.
Le trafic maritime occupe une place essentielle dans l’économie mondiale : près de 90% des marchandises transitent par la mer. Cela en fait un secteur stratégique, mais aussi très exposé aux enjeux environnementaux et aux tensions géopolitiques.
Le trafic maritime se mesure grâce aux données AIS (Automatic Identification System) : les navires envoient des messages sur les ondes radio VHF et sont réceptionnés à terre par un réseau de stations. On y retrouve des informations telles que l’identité du navire, la vitesse, la destination. La coopération avec d’autres pays nous permettent d’obtenir d’autres données : par exemple, pour tout le bassin méditerranéen, on collabore avec une station basée en Italie. L’autre source de données AIS se fait via des satellites mais sont payantes. Ces données peuvent être croisées avec d’autres, par exemple celles sur la présence de cétacés avec les zones de fort trafic.
Pas nécessairement ! Une zone très fréquentée par des navires n’aura pas les mêmes effets selon qu’elle croise ou non des couloirs de migration d’espèces, des habitats sensibles ou encore des espèces à enjeu de conservation. L’enjeu est donc d’identifier les points de rencontre entre trafic intense et forte sensibilité écologique, qu’on qualifie de zones à risque ou de « hot spots ». A l’inverse, certaines zones de fort trafic se situent dans des zones à faibles enjeux écologiques.
Sur le plan climatique, le transport maritime représente environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce chiffre peut sembler modeste, mais sa trajectoire est préoccupante : sans action, sa part pourrait atteindre 15 à 20% d’ici 2050. L’enjeu n’est donc pas dans le poids actuel du secteur, mais sa dynamique future. Le transport maritime exerce aussi de nombreuses pressions sur la biodiversité marine : bruit sous-marin (perturbant les mammifères marins dans leurs zones de reproduction, de migration ou d’alimentation), collisions avec les cétacés, pollutions, diffusion d’espèces invasives ou encore dégradations des fonds marins liées à l’ancrage.
Données de trafic maritime 2024
© Geolittoral
La baisse de vitesse dans certaines zones permet à la fois de réduire les émissions, de diminuer le bruit sous-marin et de limiter le risque de collision avec les cétacés. C’est une mesure simple mais très efficace lorsqu’elle est bien ciblée.
D’autres actions sont également mises en œuvre, comme l’électrification des ports, la réduction de l’usage des combustibles les plus polluants ou le développement de modes de propulsion plus sobres.
Mais le secteur est en transition, avec des choix techniques encore ouverts. Les solutions les plus intéressantes sont souvent celles qui apportent plusieurs bénéfices, à la fois pour le climat, la qualité de l’air, la réduction du bruit et la biodiversité.
Le trafic maritime se déploie dans un espace largement international, avec des intérêts très différents selon les États et les ports. Une mesure contraignante prise dans une zone donnée peut déplacer une partie du trafic vers un port concurrent, parfois dans un autre pays. Cela crée une tension permanente entre protection de l’environnement et attractivité économique.
Il faut à la fois disposer d’une connaissance fine des flux, et construire des mesures coordonnées pour qu’elles soient efficaces. C’est tout l’enjeu des coopérations entre réseaux de données et des cadres internationaux comme les conventions.
Avec l’aimable participation d’Alan Quentric, responsable d’étude planification littorale et maritime au Cerema
Si vous prenez le large en Méditerranée cet été vous croiserez peut-être le plus grand voilier du monde, l’Orient Express Corinthia. Combinaison de yacht et de navire de croisière de luxe, le navire à voiles nommé Silenseas a été développé par Chantiers de l’Atlantique et baptisé le 29 avril 2026 à Saint-Nazaire.
© Jean-Marie Liot/Orient Express
Lauréat France 2030, le programme Silenseas est un des projets emblématiques du Conseil d’Orientation pour la Recherche et l’Innovation des Industries de la Mer (CORIMER).
Ce voilier de 220 mètres, est le premier navire de croisière équipé du système de propulsion vélique SolidSail, inventé par Chantiers de l’Atlantique. Ses trois gréements de 1 500 m² chacun, culminent à plus de 100 mètres et sont pilotables de façon automatisée. Ce système est complété par une propulsion hybride au gaz naturel liquéfié (GNL) et de dispositifs d’efficacité énergétique.
Le système SolidSail, a aussi été installé sur un autre projet lauréat France 2030, le premier cargo à voiles à dimension industrielle, le Neoliner Origine, de 136 mètres, développé par l’entreprise nantaise NEOLINE Développement. Depuis octobre 2025 il dessert une liaison régulière mensuelle entre Saint Nazaire et Baltimore, Halifax et Saint-Pierre et Miquelon. L’État a investi sur ce projet à travers Ademe Investissement.
45% de la flotte mondiale pourrait être équipée de propulsion par le vent d’ici 2050. La France possède une avance technologique et un écosystème naval, nautique, aéronautique et numérique très favorables.
Atoll Tupai en Polynésie française
© Spotmatik
🌺En Polynésie française, Tainui Atea est désormais la plus grande aire marine protégée au monde. Elle couvre l’ensemble de la zone économique exclusive polynésienne, soit près de 5 millions de km², dépassant de loin l’ancienne première aire marine protégée Papahānaumokuākea à Hawaï avec 1,5 million de km².
Sa création a été officiellement annoncée à Nice en juin 2025, lors de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3). Elle vise à protéger la biodiversité exceptionnelle de ces eaux tout en encadrant les usages maritimes : environ 900 000 km² sont en protection stricte, tandis que d’autres zones autorisent des activités durables (pêche traditionnelle, pêche palangrière avec un plan de gestion).
N°4 - Juillet 2026
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